Chapitre sept: La chamane et le tigre du Bengale.

J’aime passionnément, viscéralement mon quotidien de praticien en Hypnose. Chaque rencontre est unique et magnifique. Chaque rendez-vous est une remise à zéro des compteurs. J’ai souvent la sensation de guider les gens  vers des trésors extraordinaires, des ressources enfouies, mises entre parenthèses par les aléas de la vie, par ces incidents de parcours ou ces mots bien aiguisés, plantés jusqu’à la garde comme des dagues mortelle qui percent le cœur et font souffrir à feux doux. Ces maux bien posés, bien aiguisés, qui font saigner de l’intérieur. Personne ne voit l’hémorragie, et pourtant elle est à l’œuvre. Elle use, elle creuse inlassablement des sillons de colères, de peurs incontrôlables, d’insomnies ou d’addictions, de doutes et d’angoisses venues de quelque part. Dans l’ombre.

Je les mène vers la paix, vers l’harmonie, je les guide sur des sentiers de traverses, sans savoir exactement où ils vont nous mener ni comment nous allons cheminer. Je les mène vers leurs ressources, pas à pas.

Et puis, parfois, quelque chose d’autre se produit. Les mots sont réducteurs, malheureusement, tant il est difficile d’en mesurer les contours. Un défi impossible. Un peu comme si tu devais décrire l’humanité ou peindre l’univers. Comme si une dimension nouvelle s’ouvrait. Je parle de ces séances qui pourraient durer une journée sans que tu t’en rendes compte. Le temps s’arrête. La distorsion est totale. Ta dissociation aussi profonde et large que celle de la personne que tu accompagnes. Tu lâches prise et tu plonges aussi. Comme guidé par autre chose qui t’échappe.

Ce jour-là, Ornella est assise dans mon fauteuil bleu clair. Son objectif l’est tout autant. Elle entre en transe. Je serais plus juste en disant qu’elle se jette corps et âme  dans son état d’hypnose. Elle plonge et semble disparaitre dès la première note de musique. Elle est comme engloutie à l’intérieur d’elle-même. Elle décide de s’y noyer, de se laisser submerger. Elle veut aller chercher au plus vite ce quelque chose qui va changer sa vie.

Dissociation instantanée. Lévitation immédiate et ample. Communication magique entre le conscient et l’inconscient qui déjà sont en quête d’harmonie. Les mains dansent et se caressent. Elles  effleurent son visage et son âme.

Cinquante minutes d’un balai incroyable. Elle vient de déposer au plus profond de son inconscient ce qu’elle veut de meilleur. Son objectif. Instantanément il l’enregistre et génère sa propre métaphore. Il semble me dire de m’effacer. De m’éloigner. De me taire. Enfin.

J’observe. De l’extérieur. Subjugué par l’élégance du spectacle. Je ne dis rien. Je la guide par toutes petites touches. Je me fais le plus invisible et silencieux possible. Ma position basse me semble trop haute. Je disparais et je chuchote.  De temps en temps, sans être capable d’expliquer pourquoi, je lui suggère du bout des lèvres d’aller voir plus loin, plus haut, plus bas. Comme si j’avais la sensation qu’elle pourrait y récupérer de ressources salutaires, des pièces qui vont compléter le puzzle de son mieux être.

J’ai peur de troubler de voyage infini, cette transe incroyable. Ce silence en musique est si beau que les battements de mon cœur raisonnent trop fort. J’ai peur qu’ils ne viennent troubler la mélodie qui se joue en ce moment. Dans mon cabinet. Si je croyais en la réincarnation, je me dirais que j’ai dû faire du bien à des gens, dans une autre vie, pour mériter un tel karma. Pour vivre un tel instant.

Un mois plus tard. Je reçois un email de la part d’Ornella. Les choses bougent depuis cette séance, m’écrit-elle. Même avec le peu de recul, je constate de belles évolutions en moi et dans ma vie.

Comme si elle avait eu envie de partager avec moi, avec nous, ce qu’elle avait vécu quelques semaines plus tôt, Ornella a posé ces mots en me donnant l’autorisation de vous en faire cadeau. Le récit de sa transe, de son rêve, de son voyage à l’intérieur et au-delà d’elle-même. Au cœur de ses ressources infinies. Je vous souhaite à la lecture de ce récit les mêmes frissons que ceux qui me parcourent à cet instant.

L’inconscient est un réservoir inépuisable de ressources. Chacun de nous possède en lui les ressources vont lui permettre d’atteindre ses objectifs. Soudain, ces présupposés de l’hypnose prennent toute leur puissance. Toute leur dimension. Tout leur sens. Je vous souhaite un beau voyage et une belle transe.

Ornella a écrit :

Incipit.

15 mai 2017.
Ça aurait pu être autour d’un café à un aéroport. Comme pour se préparer à un voyage.
De ceux que l’on n’oublie jamais. De ceux qui laissent une trace indélébile dans vos cellules et qui vous transforment. Pourtant je n’ai pas quitté la terre ferme.
C’était dans son cabinet. Autour d’une séance d’hypnose. La musique fût. Et je suis partie.

Chapitre I

J’atterris dans la jungle. Un petit ponton juxtaposant un fleuve immense se trouve en face de moi où m’attend une pirogue. Un tigre royal du Bengale est assis au bout, trônant de toute sa grâce et me fixant de ses grands yeux sombres. « Viens»
Je pose mon attention sur ma main. Ma peau est beaucoup plus foncée. Mon regard change de perspective. D’actrice, je deviens observatrice de la scène.
Je me vois grande, peau mate, drapée dans un tissu lie de vin et arborant des bijoux en or. Je sens toute la noblesse du costume. Et je sens l’énergie de la Chamane. Je suis La Chamane. Une émotion puissante me saisit alors. Je sens les larmes monter. Je ris peut-être. Je ne sais pas. C’est comme si je retrouvais une personne indispensable à mon cœur et à ma vie que je n’ai pas pu serrer dans mes bras depuis une éternité. Comme si je la voyais ressusciter sous mes yeux. Un état de grâce et de béatitude m’envahit.

Un instant plus tard, j’avance et je m’installe debout sur l’embarcation.

Chapitre II
Je commence à pagayer pour lancer l’esquif sur les flots. Je sens le vent caresser mon visage. Je me sens parfaitement bien. J’admire le paysage magnifique qui s’offre à mes yeux. Le tigre est toujours installé en tête de l’embarcation, tourné vers les eaux, de toute sa prestance et de toute sa force tranquille.
Puis, je vois deux ombres glisser sur l’eau et venir se poster de chaque côté de la pirogue. Deux énormes serpents aux reflets émeraude et violacés nous rejoignent comme pour m’escorter. Je me sens complète.
Une plage ensoleillée finit par me faire face…
J’accoste sur le sable doré.
Chapitre III

Je descends de la pirogue avec le tigre à mes côtés.
Les deux serpents torsadent sur le sable, s’enlaçant pour symboliser un caducée. Je m’émerveille du paysage que me prodigue ce lieu enchanté.
J’entends le chant des oiseaux qui déploient leurs ailes dans le ciel. Des papillons magnifiques virevoltent et des cris d’animaux enthousiastes font écho autour de moi. Lorsque je lève la tête et que je regarde en face de moi, je découvre surplombant la plage, un palais de sultan tout en or entouré d’un somptueux jardin exotique. C’est comme si j’arrivais chez moi. Je suis subjuguée par tant de beauté et en même temps, je sais exactement où je suis, comme si j’y avais toujours vécu…

Je m’avance jusqu’à l’entrée du palais. Je m’apprête à ouvrir la grande porte qui me fait face.

 

Chapitre IV

A ce moment précis, j’entends venant de très loin Sa Voix. Elle m’exhorte à ouvrir cette porte. Je souris, amusée et satisfaite de cette synchronicité. Je pousse la porte. Une puissante lumière jaillit de l’ouverture.

Je mets un pied dans cette lumière.
Chapitre V

A peine ai-je mis mon pied dans la lumière que je me retrouve glissant de lieux en lieux à des époques différentes, dans des tenues et des corps distincts.
Je danse, enivrée, à un bal du 19è siècle… La seconde d’après, je me retrouve à camper en pleine forêt canadienne domptant un ours agressif… Puis, en un clignement de cils, je suis dans un souk en charmeuse de serpents… Pour atterrir dans le corps d’une géante.
Je tiens dans la paume de ma main une toute petite personne, pas plus grande qu’une fourmi, et je la dépose dans une toute petite ville qui se trouve à côté de mes pieds… Je reconnais cette personne comme une personne qui a pu me blesser dans ma vie. S’ensuivent plusieurs autres personnes ou relations toxiques qui finissent minuscules dans cette petite ville aussi grande qu’une maison de poupée.
Je sais que je suis désormais très loin de tout ça…
Le voyage continue un moment encore.
Je deviens une créature magique, une espèce de fée-elfe à la peau scintillante bleu ciel émergeant d’une sorte de mue. Je suis en train de retirer ma peau morte avec calme et douceur.
Sa Voix résonne à nouveau.

Chapitre VI

J’atterris dans le silence absolu d’un désert de terre craquelée. Il y a un énorme baobab qui siège seul sur cette terre aride. Je m’allonge, nue, contre le tronc. Je m’y sens bien. Comme si nous n’étions qu’un.
A peine cette pensée m’effleure-t-elle l’esprit que je vois ma peau se couvrir du même rhytidome que le baobab. Je suis alors aspirée à l’intérieur de l’arbre. Je me retrouve au cœur de l’arbre, flottant dans son corps. J’aperçois la sève circulant comme dans des veines, ainsi que des organes et des cellules…
Je ressens l’énergie et le bien être qui s’active dans ce corps en mouvement malgré son inertie extérieure.
Je vois des racines sortir de mes pieds et des feuilles pousser de ma tête. Je deviens cet arbre. Je suis cet arbre. Je ferme les yeux.

 

Chapitre VII

Je les rouvre. Je suis alors sur une plage en face d’une mer teintée de bleu-gris. Je m’élance vers l’océan.
Je plonge. Je deviens sirène. Je nage. Je trouve une perle. Sa Voix me murmure de me préparer à revenir quand je serai prête. Je nage encore un peu et je sens et je sais que c’est le moment. La mer s’ouvre en deux en face de moi, me dessinant un chemin de sable entouré de deux murs immenses qui grimpent vers le ciel. Je récupère mes jambes en franchissant la cloison d’eau salée. Je me dirige alors lentement vers la plage.

Je vois tout au long du chemin des objets dans l’eau autour de moi. Je glisse parfois la main pour saisir l’un des trésors que m’offre la mer.
C’est le moment du dernier pas avant de sortir du chemin et de regagner la plage.

 

Excipit

J’ouvre les yeux. Comme après un rêve. Un rêve qui me semblait tellement réel. Il est toujours à mes côtés. Dans le cabinet. J’ai voyagé seule et pourtant, sa présence m’a accompagnée tout au long de mon excursion. Je me sens bien. Régénérée. Je suis différente.
Est-ce le premier jour de ma nouvelle vie ?

Sans aucun doute. Un premier pas. Merci Ornella. Quel voyage. Quel cadeau.

Merci infiniment.

Olivier

 

 

3 réponses
  1. Jean-Marc Nowak dit :

    Merci Olivier, merci Ornella pour se partage d’une si grande intensité. D’ailleurs dans cette lecture totalement symbolique et métaphorique, cet espace temps m’a fait aussi voyager… Magnifique.

  2. Armelle dit :

    Oui bien évidemment,tu es à ta place et je te remercie beaucoup pour tes partages de plus en plus éloquent .dommage que tu sois si loin, j’aurai aimé une autre séance ..une autre dance…

  3. Armelle dit :

    Oui bien évidemment,tu es à ta place et je te remercie beaucoup pour tes partage de plus en plus éloquent .dommage que tu sois si, j’aurai aimé une autre séance ..
    Belle progression..

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