L’homme qui murmurait à l’oreille de son inconscient. Chapitre 1 en entier.

L’été m’a offert le temps de poser le point final de mon premier livre. J’y parle de mon métier, de conscience modifiée, d’intentions positives de l’inconscient, de présupposés éclairés à la lumière de cas pratiques, d’énergies, de programmation neurolinguistique, de stratégie inconscientes, de conflits intérieurs, de cohérence cardiaque et de transes, de rencontres et de témoignages passionnés. Vous y croiserez les personnes que j’ai rencontrées au cours de ces deux dernières années. Vous allez côtoyer ma passion et mon enthousiasme. Vous ferez la connaissance de mes doutes et de mes espoirs. Vous découvrirez mes conflits intérieurs et de leurs racines invisibles. Vous serez surpris par mon plus grand rêve.

Voici la première moitié du premier chapitre de ce livre qui en compte douze.

Peut-être vous donnera-t-elle envie de découvrir un jour la suite.

Je vous souhaite une bonne et belle lecture

Olivier Laruelle

www.hyfocomhypnose.fr

 

L’Homme qui murmurait à l’oreille de son inconscient

 

CHAPITRE PREMIER

Ma vie d’avant

 

Lorsque je me penche sur le livre des quatre cent quatre-vingt mille  premières heures de mon existence terrestre je réalise au moment de les tourner, que certaines pages sont particulièrement lourdes.  Un peu comme si l’encre qui avait été utilisée pour les écrire était plus  dense ou plus épaisse.

J’isole alors des moments déterminants. Des instants qui font changer de cap. Quelque chose qui grave le disque dur et change la mélodie. Des rencontres à la naissance de la cacophonie ou du son parfait, du chaos ou de la vie.  Un changement visible dont la racine ne l’est pas. Comme un arbre tordu qui pousse dans la douleur. Il se contorsionne du mieux qu’il peut pour éviter les embûches,  pour contourner les obstacles. Il cherche à entrer dans la lumière. Question de vie ou de mort. Il cherche à éviter cette  lame fatale qu’il ne devra jamais croiser sous peine de se faire terrasser, cette main tendue qui pourrait l’étrangler.  Instants magiques ou dramatiques qui  offrent le paradis ou font brûler en enfer

Vingt-neuf Janvier mille neuf cent soixante-trois.  Le premier jour du reste de ma vie. J’ouvre les yeux dans une banlieue de la région Parisienne. Jusqu’ici tout va bien. Premier août mille neuf cent soixante-huit. Arrivée au monde en apnée de Jean Philippe, ce frère que j’aime tant, si proche et tellement éloigné. Débuts difficiles. Il ne voulait pas ou ne pouvait pas respirer. A peine arrivé qu’il menace de repartir. Caractère affirmé dès le premier jour. Je vis et je respire si je veux. Comme s’il annonçait déjà la couleur. Primo-stratégie de son inconscient qui laisse entrevoir la suite. Un amuse-bouche qui annonce l’arrivée d’un plat de résistance lourd à digérer. Soixante-huit. Année bien choisie. Une révolution, un cataclysme. Il capte malgré lui l’attention et l’amour dont j’avais tant besoin. Il fallait qu’il vive, il devait respirer. Premier choc. Le petit arbre que j’étais va devoir s’adapter, se tordre, quitter son pot et se faire oublier. Et puis il y a cette avalanche de résonnances qui nous échappent à tous les deux. Tremblement de terre, tsunami intérieur, les répliques sont terribles. Risque de vagues submersions. Alerte maximale et pourtant l’essentiel est invisible pour les yeux, comme un raz de marée dont personne ne voit l’eau qui dévore tout sur sa route. Une avalanche imperceptible et vicieuse qui tue en silence par étouffement. Essayer d’exister quand tu n’es plus seul au monde. Cinquante-quatre années pour avoir la sensation de comprendre, de déceler ces mécanismes subtiles, les stratégies de cette partie de moi qui veillait sur moi, à sa façon, dans l’ombre, me faisant souffrir par bienveillance.  Mon enfance et mon adolescence dorées en surface. La surface visible. La partie émergée du bébé iceberg qui flotte comme il peut. La banquise ne se soucie pas de lui, elle a mieux à faire. Ces plaies intérieures que mon inconscient tente de montrer au prix d’automutilations volontaires et incomprises, de goinfreries pathologiques et nocturnes. Nourritures illégales et réconfortantes, cachées sous le matelas de ces nuits blanches qui couchaient avec mes idées noires. « Le corps et l’esprit sont les deux aspects d’un même système cybernétique ». Je vais devoir patienter des décennies pour comprendre  le sens de ce présupposé. Mon inconscient utilisait mon corps pour montrer les blessures de mon âme. Stratégies désespérées, interdites et moquées. Ils ne comprennent rien. Cauchemar de ce naufragé seul au monde, Il lance des SOS à ces avions qui le survolent et l’ignorent alors même qu’ils le regardent. Et en plus ils trouvent ça drôle.

Je saignais à l’intérieur. Mes blessures étaient cachées et je cherchais à les montrer, à attirer l’attention, à hurler quelque chose sans faire de bruit.  Vu de dehors, tout devait aller pour le mieux. Je n’y comprenais rien, je subissais.

Puis il a eu la rencontre d’Anne Laure, mon épouse,  il y a trente-quatre ans déjà. Elle qui peut en un seul mot éteindre ou allumer mes tensions, mes démons, mes colères, mon calme, ma sagesse, ma paix,  mes bouderies comme on presse un interrupteur. Un seul mot suffit, un seul regard. Un seul de ses non-dits, un seul de ses silences assourdissants peut raisonner en moi à l’infini.  Elle semble disposer d’un accès direct à mon système nerveux. Lui qui se disait  autonome. A sa guise, elle m’injecte de l’adrénaline ou de la DHEA en prise direct. Un truc bien à elle. Elle est aussi la seule personne sur terre qui sait me faire aller bien au pire moment. Elle qui m’a empêché de basculer de manière définitive, de sauter dans un puits sans fond pour me libérer de l’insupportable, d’aller voir comme Jacques, héros du « Grand Bleu », si tout au fond, la vie est plus douce. Loin du tumulte, des regards, des enjeux, de l’argent, des apparences, des murs d’images érigés pour masquer je ne sais quoi. Pour impressionner je sais qui. Elle surnage dans l’océan de mes passions, de mes excès, de mes colères maladroitement contrôlées, de ces croyances idiotes qui ne sont pas mortes malgré mes efforts incessants.

Je ne pense pas assez souvent à lui dire merci. Je dois avoir de bonnes raisons. Encore une des stratégies de mon inconscient. Il me ressemble tant, toujours une idée derrière la tête. Il me protège et m’exaspère, on dirait  un parent qui invente et fixe des règles, à la racine de tant de conflits, de tant d’incompréhensions. Et pourtant, il aime son enfant, pour lui il donnerait son âme,  sa vie et plus encore. Il fait du mieux qu’il peut. Bourreau par bienveillance. Triangle dramatique de Karpman, quand le sauveur devenu persécuteur finit sur l’échafaud. Mort à celui qui veut mon bien.

Arrivée sur terre de mes filles. Elodie et Charlotte. Riches de leurs différences elles illuminent mon existence. Elles aussi ont la main sur mes injecteurs d’hormones de stress et de bien-être. Leur maman a dû leur confier le code d’accès et le processus d’activation avec son ADN. Un truc entre filles, bien à elles. « Non papa, ne rentre pas dans la chambre, maman nous passe un truc pour toi, tu vas adorer». Le code d’activation de ma centrale nucléaire. Viennent ensuite mes petits-enfants, Lucie et Valentin. Les mots me manquent.  Ils font vibrer mon âme d’un amour si grand que je peux grâce à lui, tutoyer les frontières de l’infini.  La rencontre de mes gendres,  Jonathan et Liam, des jours et des nuits à chercher en vain une métaphore permettant de quantifier leurs différences. Un livre de cent mille pages ne suffirait pas à décrire ce qui les distingue et les éloigne. En regard, l’eau et le feu ressemblent à de faux jumeaux. Je les aime pour et avec leurs différences. Ils rendent mes filles heureuses. Je les aime comme ces fils que je n’ai pas eus.

Et puis il y a cette escroquerie dont je suis victime il y a dix ans. Elle me pousse soudain au bord d’un précipice sans fond qui m’attire et m’aspire. Les gens que j’aime qui me font trouver des ressources au-delà de moi. Ne pas sauter dans le vide, basculer sans tomber, trouver mon équilibre, me relever, très vite. Ne pas mourir. J’ai souvent ressenti de l’attirance pour ce vide définitif, comme si je l’avais reçu en héritage. Si la lumière est éblouissante, j’ai le pouvoir de l’éteindre pour que le calme se fasse. Nuit silencieuse et noire comme mes transes les plus sombres. J’ai cinquante-quatre ans et depuis quelques temps je n’ai plus peur de ma mort. Je l’attends même avec curiosité. En un clic l’océan déchainé pourrait devenir un lac paisible. Si un jour le son est trop fort, je le coupe, je  presse l’interrupteur. On / Off.

J’ai parfois la sensation que cela m’aide à trouver la sérénité. Comme un marin dans la tempête, en cas de naufrage il sait qu’il pourra jeter son canot de survie à la mer. Une solution est là, disponible, à portée de main. Une solution radicale pour m’éloigner de ce bateau qui sombre, aspiré, englouti par les abysses un jour de tempête. La tempête de trop.

Puis il y a cet instant précis dont je ne me souviens pas. Je me relève comme un boxeur avant la fin du compte de dix. Sonné mais pas encore KO. Mon corps et mon esprit vacillent, le regard combatif bien que vidé par la répétition des coups. Je viens de prendre des uppercuts à assommer un bœuf. Il faut croire que la bête est solide.  Arrêt sur image. Je regarde autour et à l’intérieur de moi. Comme un comptable qui va faire son bilan, je réalise que pendant cinquante ans, obsédé que j’étais par l’idée de réussir dans la vie, j’ai souvent oublié de réussir ma vie. Ce jour-là, je ne cherche pas à tourner la page. Trop lourde, trop épaisse. Je change de livre. Presque la sensation de devenir une autre personne. De me réincarner. Dans une transe salutaire, je passe au bulldozer et au  lance flamme une grande partie du socle des croyances et des valeurs que mes parents m’avaient transmis. Je sais maintenant qu’ils croyaient faire mon bien. Chacun fait du mieux qu’il peut. Je change de vie. C’est étrange, j’ai la sensation d’avoir pulvérisé ce qui me donnait l’illusion de tenir debout.  Pourtant, à l’intérieur, mes conflits survivent. Comme un papillon en cours de mue incapable de  déployer ses ailes. Tellement vulnérable et proche de prendre son envol, à la fois chenille et papillon. Je sais que c’est une étape, qu’un jour j’irai mieux encore. Un jour peut-être.

Puis il y a eu les rencontres. David Goleman et son « Intelligence émotionnelle », Alexandre Jollien et son « Petit traité de l’abandon », Richard Bandler et la programmation neurolinguistique, Milton Erickson et l’hypnose, Nassim Haramein et sa théorie de l’univers connecté, l’énergie, la physique quantique, Antony Chene et « La puissance de l’intention », Christophe André et la pleine conscience,  David O’Hare et la « Cohérence cardiaque 365 », Joël de Rosnay et l’épi génétique, Don Miguel Ruiz et « les quatre accords toltèques », Kévin Finel et ses cabinets publiques.  Derrière chaque sujet il y a des hommes et des femmes, comme autant de génies qui m’ouvrent des portes sans avoir besoin de me les tenir, sans que j’ai eu la chance de croiser leur route, à l’exception des docteurs André et O’Hare dont j’ai suivi des ateliers. La modélisation et la transmission de leurs travaux, de leurs recherches, de leurs expériences de leurs expertises m’a offert un accès à des espaces de connaissances infinis. Jusqu’à cet instant magique.

L’ouverture officielle de mon cabinet d’hypnose en janvier 2016. Libre d’entreprendre après trente années à essayer de survivre dans un monde d’images et d’illusion, un monde de codes et de calculs, un monde dans lequel « ta valeur ajoutée est moins importante que ton image ». Quelle absurdité. Un de mes managers s’est permis un jour de me dire cela en guise de recadrage. Il me trouvait trop spontané, pas assez politiquement correcte. Le pauvre. Tellement persuadé d’être protégé par le système tant qu’il accepterait d’en cautionner les dérives qu’il  s’est fait broyer comme un insecte, jeter comme un mouchoir usagé. Le vent a tourné, tu dégages. Un monde schizophrénique et tellement absurde, un monde qui ressemble à Kho-Lanta. On élimine celui qui fait le feu et va chercher du poisson parce qu’il pourrait nous empêcher de monter sur les poteaux. L’équipe va crever de faim s’il s’en va mais tout le monde s’en moque. Toujours se méfier des alliances d’un jour. Trop d’argent en jeu. On doit gagner ensemble mais chacun pour soi. Un parti politique dans toute sa bêtise. Quelle belle métaphore du monde de l’entreprise tel que je l’ai vécu durant ces trente longues et éphémères années. Un monde dans lequel les collaborateurs performants sont démolis, loin du regard des dirigeant les plus brillants,  aveuglés, enfumés par des lieutenants obsédés par leur statut, la taille de leur voiture, l’envergure de leur périmètre, l’épaisseur de leur égo et de leur portefeuille . Un monde dans lequel l’intérêt supérieur commun est relégué au second plan, quand il devrait primer, un monde dans lequel chacun dépense quatre-vingt pour cent de son énergie à sauver sa peau. L’empire de la malveillance. Un cirque, un jeu de société grandeur nature qui démolit et fait mourir à balles réelles. Une illusion à laquelle j’ai cessé de croire dans le courant de l’année deux mille quatorze. Fin de chantier.

Le monde des grandes entreprises. J’y gagnais bien ma vie. Je réussissais dans la vie, au prix d’auto trahisons quotidiennes, englué que j’étais dans ces certitudes qui m’offrait une protection illusoire, fruits pourris de mon éducation. « Si tu n’es pas riche, tu as raté ta vie».  La belle histoire, la belle affaire. Elle m’a guidée aux portes du suicide, à la frontière de ma solution finale. Méthodiquement, pas à pas. Quand éteindre la lumière pour que la douleur cesse, pour que les tensions s’éteignent, devient la seule meilleure option. Cette option à laquelle je me connectais mentalement, dans le silence de ces doutes intérieurs qui me hurlaient dans un fracas infernal et tumultueux d’en finir à longueur de nuits blanches interminables et droguées de somnifères assassins qui me démolissaient les neurones et abrutissaient mes journées. J’étais un mort vivant en sursis.

1 réponse
  1. Paviot Jean Pierre dit :

    Excellent Olivier, ce que tu dis confirme ce que j’ai ressenti lors de nos rencontres (moto). J’ai lu quelques un des auteurs que tu sites. Ton analyse du monde de l’entreprise est édifiante, j’ai navigué dans les mêmes eaux.
    C’est un plaisir et enrichissant de te lire.
    Amitiés

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