Livre dont ce texte est extrait.

Vivant

 

« Si tu veux courir, cours  un kilomètre. Si tu veux changer ta vie, cours un marathon… »

Cette phrase a été prononcée par Emile Zátopek, athlète Tchécoslovaque hors normes des années cinquante. Ce spécialiste des courses de fond, a été auréolé de quatre titres olympiques, trois titres continentaux, dix-huit records du monde sur des distances variées. Il est l’auteur d’un triplé historique lors des Jeux olympiques d’Helsinki, où il a remporté successivement le cinq mille mètres, le dix mille mètres et le marathon, distance qu’il courait pour la première fois en compétition. C’était en 1952.

Soixante-six ans plus tard,  le 15 avril 2018, je passais la ligne d’arrivée de mon premier marathon, après sept mois de préparation quotidienne, et cinq heures quarante-deux minutes d’efforts et de souffrances. Ce jour-là, quelque chose en moi a changé, et, pour autant, je ne suis pas en mesure de vous l’expliquer. C’est impalpable et indicible. J’évoluais dans un jeu vidéo à étapes, et j’ai  franchi un palier. Le 15 avril 2018, j’ai pris un shoot qui m’a rendu addict aux endorphines, et probablement à bien d’autres choses qui échappent à mon champ de conscience. Seize mois après avoir franchi la ligne d’arrivée du marathon de Brighton UK, j’ai la sensation, de me souvenir de mes foulées, de ressentir chaque impact, comme dans un film au ralenti, de retrouver chaque image et chaque perception. Je revois le visage de cet enfant qui me tendait un panneau sur lequel il avait écrit « Touch to power up »,  je retrouve son excitation lorsque j’ai accepté de devenir son complice de check, captant ainsi l’énergie qu’il m’offrait pour me faire oublier, l’espace d’un instant, mes douleurs et mes doutes. Je peux repasser au ralenti le film de mon arrivée, foulant les portes du paradis, après 5H42 de petits pas en enfer. Les images figent le  temps et les stigmates, visage et sourire déformés par l’épuisement, par cet étrange cocktail d’aboutissement et de peine, de certitudes et de doutes, de sidération et de plein d’autres choses. Un instant de transe hors du temps, ou la joie d’être arrivé, côtoie la tristesse d’en avoir fini. Je me souviens du regard et des mots, des larmes et de la douleur, de l’épuisement physique et émotionnel de Charlotte, lorsqu’elle est tombée dans mes bras. «…Papa, papa, …C’est tellement dur…, je suis tellement fière de toi…». Quand je repense à ces secondes, les émotions me submergent. Je ne suis  pas en mesure d’expliquer précisément ce qui a changé, mais je sais que quelque chose de déterminant et d’éternel, a enfin pu éclore au plus profond de moi. « Le corps et l’esprit sont deux aspects d’un seul et même système cybernétique ». Ce présupposé de la PNL est  lourd de sens, et c’est bel et bien de cela qu’il s’agit. Pour me permettre de traverser chaque étape de cette expérience au-delà de mes frontières, mon inconscient a dû faire du ménage, un énorme nettoyage de printemps, avant de gaver mes cellules de ressources inédites. Mon épigénétique, chef d’orchestre de mon génome,  a modulée l’expression de mes gènes en profondeur. Je le sens vibrer au cœur de mon ADN, et je sais, que ce changement m’accompagnera jusqu’à mon dernier souffle. Seize mois plus tard, lorsque j’entre en  transe pour revivre l’instant, un frisson parcourt mon corps en un savoureux et indéfinissables cocktail de sensations merveilleuses. En quelques secondes, je retrouve tout, dans les moindres détails. La préparation, les mille cent kilomètres d’entraînement, parcourus par tous les temps, de jour comme de nuit, les caps et la fierté, mon premier vingt kilomètres en compagnie de Charlotte, avec la sensation d’être allé au bout de ma vie, mon premier  trente kilomètres histoire de vérifier si le mur existait, il prit l’apparence de cette dame âgée qui promenait son petit chien et que je ne parvenais pas à rattraper, tant mes jambes alourdies et mon corps épuisé me clouaient au sol. Les joies, les doutes et les douleurs, la météo du D-day, l’enthousiasme, l’excitation de Liam et l’inquiétude contenue mais perceptible de Charlotte, je peux tout  sentir  vibrer en moi. L’ambiance sur la ligne de départ, au milieu de 19770 autres concurrents sautillant comme un seul homme au rythme des décibels et des vocalises de l’animateur, qui saturait son micro et nos sens. L’énergie  collective qui unissait tous ces passionnés, novices ou avertis. Les premiers kilomètres, ma prudence, la peur, l’incertitude qui me poussait à débuter en mode tortue, freinant Charlotte à chaque foulée. Et puis la douleur, au passage du semi-marathon,  vingt deuxième kilomètres, un coup de poignard me cloue au sol et me fige dans le doute. Hanche gauche bloquée, je tombe en silence pour que ma fille continue sans moi. Ce dialogue avec mon inconscient, à qui j’intime l’ordre de me laisser repartir, la douleur qui s’éteint comme une bougie,  soufflée par la fermeté de mon exigence, et puis, les vingt et un derniers kilomètres, vent de face et pluie glacée, regard vissé sur la ligne d’arrivée, le « Donut », la tour British Airways, qui s’élevait dans la grisaille, comme une promesse de libération, comme un phare dans la nuit qui guide le marin en détresse. Elle me donnait le cap. Je garde en moi la mémoire de chaque pas, de chaque impact, comme le pire et le plus bel instant de ma vie. J’ai la sensation que même si j’y passais le reste de mes nuits, je ne pourrais peindre avec mes mots,  ces instants d’éternité. Je me souviens de la seconde à laquelle j’ai passé la ligne d’arrivée, je retrouve  chaque détail, la position de mes mains qui soutiennent mon visage, mes pensées, le grondement de la foule, l’intensité du regard de mon épouse, la voix caverneuse de ce géant venu d’Afrique du sud, compagnon de galère et de circonstances durant dix kilomètres. « Have fun man, and be so proud of yourself ». Compte sur moi mon ami. Je crois m’être reconnecté, à cet instant, à l’intensité émotionnelle des plus beaux jours de ma vie, celle de la venue au monde de mes filles et de mes petits-enfants. J’ai assisté à ma renaissance, je me suis vu revivre. Je suis vivant. C’est aussi troublant qu’indescriptible, et les mots sont dérisoires. Le temps se fige en une nano seconde, et la vie bascule au passage de la ligne d’arrivée. Je suis entré dans la matrice. Je suis devenu Néo, l’élu de ma propre destinée, mon corps et mon esprit ne font désormais qu’un, et rien ne sera plus jamais pareil. Je le sais. Un espace en moi vient de s’ouvrir, un espace infini dont je n’avais pas conscience. Je me suis immergé dans un insondable bain salvateur de jouvence et de ressources. Je crois que ce jour-là, j’ai décloisonné mon potentiel et j’ai assassiné mes doutes. L’écho de cet instant résonne encore dans chacune de mes cellules. Si tu veux changer ta vie, cours un marathon. Ma vie vient de changer. Merci Emile Zatopek, merci de m’avoir ouvert la voie, merci de me permettre de comprendre, et d’oser relever ces défis autrefois inaccessible.

Après le marathon de Brighton, tel un drogué en quête de sensations nouvelles, j’ai été pris d’une  envie pathologique d’enchaîner les kilomètres et les courses. En mars 2019, une fissure sur la face interne postérieure du ménisque de mon genou gauche, a mis un terme provisoire à mes ardeurs de néo-coureur de longues distances, me contraignant à renoncer, la mort dans l’âme, au marathon du Mont Saint Michel, après des mois et des centaines de kilomètres de préparation.  Qu’à cela ne tienne, la PNL et la vie m’ont enseigné que « mon inconscient est un réservoir inépuisable de ressources », alors je vais trouver une solution. Je suis prêt à tout pour avoir ma dose. Je suis drogué aux endorphines et heureux de l’être. Six mois plus tard, 07 septembre 2019, après avoir parcouru  3500 kilomètres à vélo en quatre mois de préparation, mon pote Teuf et moi prenions le départ d’un défi incroyable, un rêve d’adulte tant de fois refoulé. Nous allons relier à vélo et en six jours, Bondoufle, située en région Parisienne, à Saint Cyprien, se trouvant dans les Pyrénées orientales, via la belle ville de Carcassonne. Une moyenne de huit heures par jour sur le vélo, pour parcourir 901 kilomètres et franchir 8890 mètres de dénivelé positif, soit un peu plus que la hauteur de l’Everest.

Six jours plus tard, après plus de deux cent mille coups de pédales en quarante-cinq heures de vélo, nous voici arrivés sur les bords de la méditerranées. Nous avons bravé la distance, la météo capricieuse, les vents changeants, les douleurs, les doutes et les incertitudes, les amplitudes thermiques et les dénivelés. Nous avons rencontré des personnes extraordinaires, admiré des paysages à couper le souffle. Nous avons pris le temps de réfléchir, de nous tromper, de douter, de nous brouiller l’espace d’un instant ou d’un différent, pour nous réconcilier aussitôt. Une aventure aussi intense, ressemble à un concentré de vie d’une indescriptible densité. Il faut l’expérimenter, pour le ressentir et le comprendre. J’aurais matière à écrire un livre entier sur ces six journées, et pourtant, je vais me concentrer sur deux aspects de cette aventure.         En premier lieu, je vais revenir sur les effets positifs du dépassement de soi, et ensuite, je m’arrêterai  sur la récupération, indispensable et salutaire, après un effort d’une telle intensité.

Cette expérience surpasse tout ce que j’avais vécu au fil de mes cinquante-six premières années de vie. J’ai appris en janvier 2015, en me formant à la PNL, que « Mon corps et mon esprit, sont les deux aspects d’un seul et même cybernétique ». Trois ans plus tard, J’ai lu sur le site https://fr.theepochtimes.com, que L’Institut Karolinska à Stockholm, en Suède,  avait étudié en 2017, l’impact de l’activité physique sur les modifications du génome, surtout concernant la santé musculaire, le métabolisme énergétique et la réponse insulinique en général. Voici ce que nous précisait à l’époque Marlene Lindholm, l’une des chercheuses de cet institut : « Grâce à un entraînement d’endurance, un changement de style de vie qui est facilement disponible pour la plupart des gens et ne coûte pas beaucoup d’argent, nous pouvons induire des changements qui affectent la façon dont nous utilisons nos gènes et, par-là, obtenir des muscles plus sains et plus fonctionnels, ce qui finalement améliore notre qualité de vie »,

C’est exactement ce que je viens d’expérimenter. Après quarante-cinq heures à pédaler neuf cent un kilomètres en six jours par tous les temps, je suis arrivé épuisé à destination. Mes ressources ont été dépassées par l’intensité et la longueur des efforts, par les enchaînements et les répétitions, par la concentration, lorsqu’il s’agissait de maintenir le cap dans les descentes, à plus de soixante-dix kilomètres à l’heure, sur mon vélo chargé de bagage.  Il m’aura fallu quelques jours pour réaliser que cet épuisement avait gagné toutes les cellules de mon corps et de mon esprit. J’étais, sans vraiment m’en rendre compte, allé au bout de mes possibilités physiques et mentales. Je pense que mon inconscient, a été contraint d’aller chercher des ressources au-delà de moi, et qu’il est tombé en rupture de stock. Personne dans mon entourage ne s’en est rendu compte, mais au cours des trois journées qui ont suivi notre arrivée à Saint Cyprien, j’avais du mal à réfléchir et à parler, comme si j’étais en proie à des troubles neurologiques. Je participais peu aux conversations, ce qui ne me ressemble pas, et j’avais souvent les yeux dans le vide, j’étais ailleurs, comme dans une transe permanente, en quête de ressources nouvelles. J’éprouvais des difficultés à structurer mes phrases, à trouver mes mots. Je fixais mentalement des objets sans pourvoir les nommer. Je me souviens d’une discussion avec mon frère Jean Philippe qui me demandait quelles options il y avait sur ma moto. Je visualisais mentalement les pièces mais je ne pouvais pas structurer mes pensées pour lui répondre. J’ai ignoré ces alertes, et la sentence fût immédiate et violente.

Dimanche 15 septembre 2019. Trois jours après notre arrivée à Saint Cyprien, alors que j’aurais dû me reposer, j’accepte de partir faire une virée en VTT avec mon frère, ma belle-sœur et mon pote Teuf. Dès les premiers kilomètres, le rythme imposé par Jean Philippe ne me convient pas, et rapidement, j’envisage de mettre pied à terre pour faire demi-tour. Nous roulons sur une piste cyclable, lorsqu’au septième kilomètre, faute de lucidité ou de concentration, je percute un poteau en bois sensé empêcher les voitures de rouler sur cette voie réservée aux vélos. Ma cuisse gauche s’écrase sur l’obstacle et je passe en une fraction de seconde de vingt-sept à zéro kilomètres à l’heure. Ejecté du vélo, je termine en panache et heurte violemment le bitume avec mon omoplate droite qui s’écrase sous mon poids. Je me demande encore si mon inconscient n’a pas trouvé cette solution pour me stopper. Stratégie brutale, radicale et efficace. Une semaine après, la violence et le bruit fracassant de l’impact, résonnent encore en moi. Pompiers, douleurs, urgences, blessures et hématomes multiples, Clavicule droite luxée, moral et égo en berne. Fin de la balade, la fête est gâchée. Souvenez-vous du chapitre cinq, « le corps et l’esprit sont deux aspects fragiles d’un seul et même système cybernétique ». Cette erreur vient de me le rappeler. Il faut toujours écouter son corps, s’échinent à me répéter mes amis sportifs ou coachs, adeptes des longues distances et des défis fous. Après un effort aussi violent, il faut laisser ton métabolisme récupérer. Ce que tu as fait est stupide. Preuve est faite. Fin de la leçon. Une expérience de plus, une bosse de plus, une opportunité de plus qui va me permettre d’évoluer, de progresser, de grandir, moi qui viens tout juste d’assister à ma renaissance.

Quarante-huit heures plus tard. Reprise du travail. Malgré la douleur et la gêne procurée par l’attelle qui m’enserre  telle une camisole, je suis parfaitement reposé. Je dors beaucoup plus profondément et bien plus longtemps. Mon esprit est clair. Je vais bien et mon moral est excellent. Je suis optimiste et je sais désormais que je vais récupérer très vite de mes blessures. Six rendez-vous clients pour ma journée de reprise. Dès les premières minutes, je perçois qu’en moi, quelque chose d’autre que ma clavicule droite, définitivement luxée, a bougé. Quelque chose en moi a changé. Je suis calme et concentré, je parle doucement, je réfléchis très vite, beaucoup plus vite. Mon temps de sommeil est passé depuis l’accident de six à neuf heures par nuit, soit une augmentation de cinquante pour cent. La manière dont je rythme les rendez-vous est différente, je gagne du temps, je suis plus concis, plus précis. Mon efficacité et mon efficience s’améliorent naturellement. Je vais vraiment bien, la fatigue des premiers jours s’est estompée, je suis beaucoup plus fort et je commence à réfléchir à mes prochains défis. Ce symbole est important, le signal de ma guérison prochaine. La prochaine étape d’une quête sans fin.

Me revient en mémoire, la phrase d’Emile Zátopek, alors, très humblement, et fort de ces expériences nouvelles, comme on passe un relai, je vais m’autoriser à semer ma graine, pour qu’il en reste quelque chose. Comme un arbre offre ses fruits murs à qui voudra bien les cueillir.  « Si tu veux changer quelque chose dans ta vie, fais du sport. Si tu veux changer ta vie, fixe toi des objectifs, lance toi des défis, repousse tes limites et vas au bout de tes rêves ».

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